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En bref : • Tesla traverse une période difficile malgré sa contribution majeure à la révolution des véhicules électriques, avec une chute de 55% de sa valeur boursière depuis 2021. • Les ventes de Tesla diminuent mondialement (-6,7% au T3 2023), particulièrement en Europe (-38% en Allemagne), principalement en raison d'une concurrence accrue et d'une gamme vieillissante. • L'engagement politique controversé d'Elon Musk (soutien à Trump, incidents en Allemagne) aggrave la situation, particulièrement en Europe, provoquant un mouvement de boycott et une augmentation de 23% des reventes aux États-Unis. • Le déclin de Tesla résulte d'une combinaison de facteurs: concurrence intensifiée (notamment BYD en Chine), ralentissement de l'innovation et dispersion de l'attention de Musk entre ses multiples entreprises. |
L’image était glorieuse. Tesla, champion de la transition écologique, première capitalisation boursière automobile mondiale, symbole de l’innovation américaine. Son fondateur, Elon Musk, adulé comme un visionnaire capable de révolutionner simultanément l’automobile, l’espace et l’intelligence artificielle. Mais aujourd’hui, ce tableau idyllique s’effrite à vitesse grand V. Entre les récentes controverses politiques (salut nazi en Allemagne, soutien appuyé à Donald Trump), les déboires commerciaux et l’effondrement du cours en bourse, Tesla traverse une zone de turbulences sans précédent. « Je regrette d’avoir acheté une Tesla » devient un refrain de plus en plus récurrent sur les réseaux sociaux, et pas uniquement pour des raisons politiques. Pourquoi ce retournement spectaculaire? L’entreprise est-elle victime des errements de son fondateur ou fait-elle face à des défis structurels bien plus profonds?
La voiture électrique est la meilleure option, et Tesla y a contribué
Commençons par l’évidence : la voiture électrique reste aujourd’hui la meilleure alternative au véhicule thermique pour réduire nos émissions de CO2 à moyen terme. Contrairement aux idées reçues, les analyses de cycle de vie démontrent qu’une Tesla Model Y, même produite et utilisée en Europe, génère environ 50% d’émissions en moins qu’un SUV thermique équivalent. Le chercheur Aurélien Bigo, spécialiste des transports et du climat, confirme que « même avec le mix électrique européen, le bilan carbone du véhicule électrique est significativement meilleur ».
Tesla a indéniablement contribué à cette révolution. En lançant des véhicules électriques performants et désirables, la marque a poussé l’ensemble de l’industrie automobile à accélérer sa transition. Sans Tesla, l’Union Européenne n’aurait probablement pas fixé d’objectifs aussi ambitieux pour la fin des moteurs thermiques.
Une innovation moins connue du grand public mais tout aussi cruciale : Tesla a longtemps profité d’un système de crédits carbone, revendant ses excédents aux constructeurs retardataires dans la transition électrique. Ces revenus ont largement contribué à la rentabilité de l’entreprise dans ses premières années, lorsque les volumes de production étaient encore limités. Ironiquement, c’est précisément au moment où ces crédits deviennent moins rentables que les ennuis de Tesla s’accumulent.
Non, Elon Musk n’a pas perdu d’argent depuis son soutien à Donald Trump
Contrairement à une idée répandue, Elon Musk n’a pas vu sa fortune personnelle s’effondrer depuis qu’il affiche ouvertement son soutien à Donald Trump. En réalité, le cours de l’action Tesla avait déjà amorcé une descente bien avant les prises de position politiques controversées de son PDG.
Depuis son pic historique à plus de 400 dollars en novembre 2021, l’action Tesla a perdu environ 55% de sa valeur. Cette chute spectaculaire est intervenue principalement entre fin 2021 et début 2023, soit bien avant le rapprochement public entre Musk et Trump. En fait, la fortune personnelle d’Elon Musk a même augmenté ces derniers mois grâce à la valorisation croissante de ses autres entreprises, notamment SpaceX et X (ex-Twitter).
Ce qui semble être une corrélation entre positions politiques et chute boursière est en réalité un symptôme plus profond : le marché s’inquiète davantage de la dispersion de l’attention de Musk entre ses multiples entreprises. « Elon passe plus de temps à tweeter sur la politique qu’à résoudre les problèmes de production de Tesla », confie un ancien cadre de l’entreprise sous couvert d’anonymat. Le rachat de Twitter pour 44 milliards de dollars en 2022 a d’ailleurs coïncidé avec l’une des périodes les plus difficiles pour l’action Tesla, Musk ayant vendu des parts importantes pour financer cette acquisition.
Les ventes de Tesla s’effondrent : la faute d’Elon Musk ?
Voici un fait inquiétant pour les investisseurs : les ventes de Tesla connaissent une chute préoccupante, particulièrement en Europe et en Chine. Au troisième trimestre 2023, les livraisons mondiales ont reculé de 6,7% par rapport à l’année précédente. En Allemagne, le recul est plus marqué encore avec une baisse de 38% sur l’année. En France, les immatriculations de véhicules Tesla ont diminué de 17% en septembre 2023 par rapport à septembre 2022.
Cette tendance ne peut être uniquement attribuée aux positions politiques d’Elon Musk. La concurrence, particulièrement en Chine avec BYD qui a dépassé Tesla en volume de ventes de véhicules électriques, explique une grande partie de ces difficultés. Le constructeur chinois propose désormais des modèles de qualité comparable à des prix inférieurs de 20 à 30%.
L’autre facteur déterminant est le vieillissement de la gamme Tesla. Le Model 3 et le Model Y, qui représentent plus de 95% des ventes, sont sur le marché depuis respectivement 2017 et 2020. Les récentes mises à jour (Model 3 Highland) n’ont pas suffi à relancer significativement les ventes. Quant au très attendu Cybertruck, son lancement chaotique et ses spécifications en retrait par rapport aux promesses initiales ont déçu de nombreux observateurs.
« Tesla n’a pas su renouveler son offre à un rythme suffisant pour maintenir son avantage compétitif », analyse un expert du secteur automobile. « Le problème n’est pas tant politique que commercial : l’entreprise a perdu sa capacité d’innovation disruptive qui faisait sa force. »
Dans quelles régions du monde l’engagement politique d’Elon Musk pourrait coûter cher à Tesla ?
Si l’effet « Musk politique » ne semble pas être le facteur principal du déclin de Tesla, certains marchés pourraient néanmoins être plus sensibles que d’autres à ces controverses. Aux États-Unis, pays fortement polarisé, l’impact semble paradoxal. D’un côté, la Californie, fief démocrate et premier marché américain pour Tesla, montre des signes de refroidissement. De l’autre, les États républicains du Sud, traditionnellement moins enclins à acheter des véhicules électriques, voient leurs ventes de Tesla progresser légèrement.
« Nous assistons à une reconfiguration géographique des ventes plutôt qu’à un effondrement généralisé aux États-Unis », observe un analyste du cabinet Edmunds. « Tesla perd des parts dans ses bastions traditionnels mais en gagne dans des territoires où sa présence était marginale. »
En Chine, deuxième marché mondial pour Tesla, la situation est plus complexe. Les tensions géopolitiques entre Pékin et Washington pourraient fragiliser la position de Tesla, déjà mise à mal par la concurrence locale. Cependant, le gouvernement chinois a jusqu’à présent maintenu son soutien à la gigafactory de Shanghai, qui reste l’usine la plus productive du groupe.
C’est finalement en Europe que l’impact politique pourrait être le plus significatif. Dans des pays comme l’Allemagne, où les positions d’extrême droite sont particulièrement sensibles en raison du passé historique, les récentes controverses risquent d’accélérer l’érosion des parts de marché. Les images d’Elon Musk faisant un salut nazi après sa rencontre avec Alice Weidel ont provoqué une onde de choc durable.
« Je regrette d’avoir acheté une Tesla » : du boycott aux voitures Tesla brûlées
Le mouvement de boycott contre Tesla prend des formes variées et parfois extrêmes. Sur les réseaux sociaux, le hashtag #TeslaTakeDown a rassemblé des centaines de milliers de publications. La chanteuse américaine Sheryl Crow a publiquement déclaré : « Je regrette d’avoir acheté une Tesla. Je prévois de m’en débarrasser dès que possible et je n’en achèterai plus jamais. » Son message a été partagé plus de 170 000 fois.
Plus concrètement, des propriétaires mettent en vente leurs véhicules plus tôt que prévu. Aux États-Unis, le site spécialisé CarGurus a noté une augmentation de 23% des Tesla d’occasion mises en vente en octobre 2023 par rapport à la même période en 2022. Cette tendance alimente une baisse des prix sur le marché de l’occasion, créant un cercle vicieux qui affecte également la valeur des véhicules neufs.
Plus inquiétant encore, des actes de vandalisme ciblant spécifiquement les Tesla se multiplient. En France, dans la région de Toulouse, trois incendies criminels de Tesla ont été recensés en deux mois à Plaisance-du-Touch. Aux États-Unis, plusieurs cas de dégradations volontaires ont été signalés dans des parkings publics en Californie.
Ces manifestations de rejet posent une question plus large : une marque peut-elle se dissocier de son fondateur charismatique lorsque celui-ci devient clivant ? Pour Tesla, dont l’identité est intimement liée à la personnalité d’Elon Musk, le défi semble particulièrement complexe.
Le capitalisme se moque des bras tendus
Au-delà des réactions émotionnelles légitimes, que penser de l’impact réel des controverses politiques sur la valeur boursière à long terme ? L’histoire économique nous enseigne que les marchés financiers ont généralement une mémoire courte et une morale flexible.
Des exemples récents le confirment. TotalEnergies, malgré son maintien en Russie après l’invasion de l’Ukraine, a vu son cours de bourse progresser de 15% depuis février 2022. De nombreuses entreprises impliquées dans des scandales éthiques majeurs ont retrouvé leur valorisation d’avant-crise en quelques mois ou années.
« Les investisseurs pragmatiques regardent les fondamentaux et les perspectives de profit bien plus que les controverses momentanées », explique un gérant de fonds spécialisé dans les technologies. « Si Tesla retrouve une dynamique d’innovation et de croissance, les marchés oublieront rapidement les polémiques actuelles. »
Cette observation soulève des questions inconfortables sur l’efficacité réelle du boycott comme levier de changement. Les fonds d’investissement socialement responsables (ISR) peinent à démontrer leur impact concret sur les pratiques des entreprises. Barack Obama lui-même avait souligné ce paradoxe lors d’une conférence en 2022 : « Le boycott est un outil de pression important, mais souvent insuffisant pour transformer durablement le comportement des grandes entreprises. »
Pour Tesla, le véritable risque n’est pas tant l’effet direct des boycotts que l’érosion progressive de son capital sympathie auprès des consommateurs à fort pouvoir d’achat et sensibles aux questions environnementales – précisément le cœur de sa clientèle historique.
L’avenir de Tesla : entre obstacles politiques et défis industriels
L’effondrement du cours de bourse de Tesla reflète une conjonction de facteurs plus qu’une simple réaction aux controverses politiques. L’entreprise fait face à une concurrence intensifiée, particulièrement en Chine, un ralentissement de l’innovation produit, et une dispersion de l’attention de son fondateur.
Si les positions politiques d’Elon Musk ne sont pas la cause principale des difficultés actuelles, elles risquent néanmoins d’amplifier les obstacles que Tesla devra surmonter pour retrouver sa trajectoire de croissance. Le défi pour l’entreprise sera de démontrer qu’elle peut innover indépendamment des frasques de son fondateur.
La question qui se pose désormais : Tesla parviendra-t-elle à redevenir le champion incontesté de la mobilité électrique, ou est-elle condamnée à devenir un acteur parmi d’autres dans un marché de plus en plus compétitif ? L’histoire nous dira si les regrets exprimés par certains propriétaires de Tesla auront été passagers ou prophétiques.

Je m’appelle Julien Ducret et je vis à Paris. Tesla, c’est mon obsession. J’ai toujours aimé l’électrique, mais tu sais quoi ? Voir une Model S traverser la campagne au lever du soleil, ça m’a donné envie d’écrire sur cette révolution qui roule vite !
